FCNantes : Le mal est profond !

Publié le par Korrigans Naonedis

 

 

N° 138 - Juin 2007 / pays de la loire

Qui a tué le FCNA ?


En désignant le groupe Dassault comme seul et unique responsable de la déroute du FCNA, les supporters se trompent. C’est en juin 2000 qu’il faut remonter, lors de la vente surprenante du FCNA au groupe Socpresse (Le Figaro - Presse-Océan) pour comprendre les raisons du mal profond qui ronge le club depuis cette époque. En fait, Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, n’aurait jamais dû confier les rênes du FCNA à ce groupe de presse dont les compétences en matière de gestion de club sportif étaient plus qu’incertaines… Par Nicolas Boileau



La pitoyable déroute des Canaris qui passeront la saison 2007/2008 en Ligue 2, après quarante-quatre années consécutives en Ligue 1 (ex-première division) appelle évidemment quelques commentaires que l’on aimerait les plus objectifs possibles. Loin des banderoles vengeresses brandies à la fin du match Nantes-Toulouse, le samedi 19 mai, par des supporters totalement à bout, il est nécessaire pour comprendre cette situation tragique de revenir longtemps en arrière. Au-delà des choix sportifs et managériaux dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas été très glorieux. Changements d’entraîneurs, mauvais recrutements (Barthez en fût même le sinistre pompom !), erreurs de communication : autant d’éléments qui forment une « opinion toute faite » mais qui n’aident pas à comprendre cette crise profonde dont tout un club et toute une ville paient aujourd’hui le prix fort. À qui fera-t-on croire d’ailleurs que cette « relégation » n’abîme pas l’image de la métropole ? En France et à l’étranger…
Mais voilà, la pensée unique ne touche pas que la politique, elle frappe aussi le sport quand le refus de voir la réalité bien en face sert de bouc-émissaire facile (« Dassault m’a tué ! » par exemple) alors que les responsabilités plus profondes sont plus lointaines et largement moins bien partagées. Mais le FCNA, sous la houlette d’une municipalité très regardante, surfe sur l’écume des jours sans s’attaquer (intellectuellement s’entend) aux causes réelles et sérieuses de sa scandaleuse déroute…

Un dîner de dupes
Revenons sept ans en arrière. En mai 2000. Le 31 exactement. Lors d’un dîner parisien, en tête à tête, Yves de Chaisemartin, le successeur de Robert Hersant à la tête du groupe Socpresse (Le Figaro, Presse-Océan, Nantes 7, etc.) rencontre le député-maire PS de Nantes, Jean-Marc Ayrault, également président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.
Au menu de ce dîner : un seul thème. Celui de la vente du FCNA. Le dossier a été préparé, à Nantes, par Christian Coustal, le président de Presse-Océan qui cherche à redorer le blason du quotidien nantais en totale perte de vitesse. Voisin et ami d’Alain Florès, l’ancien DG du FCNA (sous Guy Scherrer), le dirigeant de presse imagine que la reprise du club de football lui permettra de redresser les ventes du successeur du Phare de la Loire dont les lumières ne brillent plus guère…
Chaisemartin qui souhaite vendre le groupe Hersant au mieux des intérêts de ses héritiers mais également des siens, imagine que le FCNA peut représenter un « actif » attractif. Un complément original dans une panoplie complexe, certes mais à la « respectabilité » savamment entretenue.


Les roueries de Chaise…

En fait, le foot n’intéresse nullement le bras droit de Robert Hersant qui se souvient à peine que son mentor était né, par hasard, à Vertou dans la proche banlieue nantaise. Entre les deux guerres. Mais il est venu quelquefois à Nantes visiter Presse-Océan…
Homme de droite réputé (mais consensuel dès lors que ses intérêts sont en jeu), Yves de Chaisemartin joue de son charme pour convaincre l’édile nantais de lui céder la « maison Canaris ». Et il réussit. Comment ? Pourquoi ? À quelles conditions ?
Là est le mystère profond de cette tractation qui signe la fin du club et de ses ambitions. Pas au début - le club sera champion de France l’année suivante - mais après-coup jusqu’à aujourd’hui…
Jean-Marc Ayrault qui cherchait un repreneur pour le club est satisfait. L’aura d’un grand groupe de presse sied bien à ses ambitions d’autant qu’il obtient, dans le même temps, la paix éditoriale du Figaro et de Presse-Océan. À quelques mois des élections municipales (2001), le deal secret est une aubaine. Même le très droitiste Figaro Magazine (qui a oublié les éditoriaux de Louis Pauwels) chante plusieurs fois les louanges du député-maire de Nantes. C’est tout dire…
Presse-Océan cesse toute critique politique. Et ses journalistes sportifs encensent le FCNA jusqu’à la déraison. Le quotidien ira même jusqu’à booster ses ventes en couplant à 5 000 abonnements aux loges de la Beaujoire autant d’exemplaires de Presse-Océan. Depuis, le groupe Ouest-France qui a racheté le titre au groupe Dassault a mis fin à ce package marketing pourtant très bénéfique au titre nantais. Il ne faut tout de même pas exagérer !

Sous tutelle municipale
Pour montrer le peu d’intérêt que le groupe Socpresse porte au FCNA, il suffit de se rappeler la nomination d’un ancien ouvrier du Livre, délégué syndical du puissant Livre-CGT, à l’équipe commerciale du club. Ce dernier était responsable d’une trentaine de non-parutions de Presse-Océan, dans le passé. Mais « Chaise » n’était sans doute pas rancunier…
Autre nomination toujours très controversée, celle de Jean-Luc Gripond, 45 ans, toujours en poste. Cet ancien collaborateur d’Alain Prost n’a pas laissé que des bons souvenirs dans l’écurie. Et pour cause, il l’a quittée après un dépôt de bilan ! Mais il semble bénéficier de protections qui n’ont rien à voir avec le sport de haut niveau !
Pour comprendre le jeu de Jean-Marc Ayrault, il faut se rappeler que le FCNA, depuis sa première élection à la mairie de Nantes, en 1989, a toujours été sous tutelle municipale.
« La mairie y fait la pluie et le beau temps ! » ironisait même le maire qui, à cette époque, plaçait ses hommes dans toutes les structures du club, à commencer par l’incontournable association (Alain Garnier, Maurice Hamon, Claude Boumard, Michel Cordier, Bernard Amossé etc). Tout repreneur le sait. Et plus encore aujourd’hui…
C’est René Degenne, le président de
l’association, qui annonça le 6 juin 2000 la bonne nouvelle : « Le groupe Hersant va apporter, quatre ans, 153 millions de francs ! ».

Rudi à rude épreuve…
En 2004 arrive Dassault. Après le rachat des titres Hersant de l’Ouest qu’il a trouvés dans la corbeille du Figaro, aux côtés d’un club de football dont il ne sait que faire ! En fait, Serge Dassault s’intéresse uniquement au Figaro, le titre longtemps convoité par feu son père, dont le siège, à l’époque, voisinait le sien en bas des Champs-Élysées ! Pour l’avoir enfin, il rachète toute la Socpresse en annonçant presque aussitôt qu’il la revendra (excepté Le Figaro, bien sûr) par appartements !
Pour faire face aux problèmes du FCNA, Serge Dassault nomme l’un de ses plus proches collaborateurs en la personne de Rudi Roussillon, ancien président de l’Express (vendu lui aussi) et directeur de la communication du groupe. L’homme siège au conseil d’administration du Figaro.
Ancien gardien de but, Rudi Roussillon explique à la cantonnade qu’il a passé une partie de sa jeunesse à Nantes et qu’il a beaucoup fréquenté le stade Marcel-Saupin. Ce dernier, au trois-quarts démoli aujourd’hui, préfigure la décrépitude du club nantais.
Sous l’ère Roussillon, les ennuis commencent. Valse des entraîneurs et des joueurs. Comme le dira Serge Le Dizet après son éviction : « Roussillon est l’homme de Dassault, pas du FCNA ! ». Et de Gripond, qui est curieusement toujours resté en place : « C’est la prime de la magouille, pas de la compétence ! ». Ambiance.
Dans le même temps, un journaliste du Parisien affirme que le club a cumulé 16 M€ de déficit en deux ans alors que la Socpresse, l’ancien propriétaire, a fait remonter dans ses caisses plus de10 M€ ! Comprendra qui pourra.

Les faits sont têtus !
La mal est donc très profond. Et la question majeure qui se pose est la suivante : Jean-Marc Ayrault a-t-il eu tort ou raison de vendre, en juin 2000, le club au groupe Hersant ?
La réponse, Ligue 2 oblige, tombe sous le sens : tort assurément ! Car il ne fallait pas le faire. La culture du FCNA, ses traditions, son âme même, nécessitaient un autre investisseur digne de ce nom qui aurait eu la volonté de développer le club et non de s’en servir à des fins peu reluisantes. Sans vouloir excuser le moins du monde Serge Dassault (qui aurait dû vendre le club avant d’en arriver là !) force est de reconnaître que c’est la Socpresse et elle seule qui a commis l’irréparable. Les faits sont là et, comme disait Lénine, ils sont généralement têtus !
Jean-Marc Ayrault, dans sa conférence de presse d’après descente (lire ci-après) a tenté de justifier sa position au moment de la vente au groupe Socpresse en disant qu’il avait demandé à Yves de Chaisemartin de « regarder la situation de très près » et de « régénérer tout cela ». Comme il le note lui-même cruellement : « Cela n’a pas été fait ! ». Comment pouvait-il en être autrement ? Lire la suite dans le numéro 138 de Juin 2007




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F
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