Tous derrière l'USJACarquefou !

Publié le par korrigans naonedis

mardi 18 mars 2008

Sébastien Le Paih (à droite) et Baptiste Lafleuriel, sont deux anciens professionnels qui vivent intensément les plaisirs simples, mais intenses, du monde amateur. Les écharpes dans la vitrine du club en témoignent : après Nancy, éliminé au tour précédent, place à l'Olympique de Marseille. : Michel Fraudeau




Sébastien Le Paih (à droite) et Baptiste Lafleuriel, sont deux anciens professionnels qui vivent intensément les plaisirs simples, mais intenses, du monde amateur. Les écharpes dans la vitrine du club en témoignent : après Nancy, éliminé au tour précédent, place à l'Olympique de Marseille. : Michel Fraudeau


Football : « Sur un nuage, mais les pieds sur terre »

Coupe de France (8e de finale). USJA Carquefou - Marseille, demain. Sébastien Lepaihet Baptiste Lafleuriel ont connu le professionnalisme et la Beaujoire. Ils se racontent...




Les lampions du stade Moulin-Boisseau sont éteints depuis belle lurette. Sébastien Le Paih a séché le massage, Baptiste Lafleuriel oublié qu'il était attendu par madame. Le premier, 34 ans à la fin de l'année, est un pur produit du FC Nantes, vite éconduit, obligé de s'exiler au Mans, Lorient, Angers, Romorantin, Croix-de-Savoie avant d'atterrir en juin 2005 à Carquefou où il porte le brassard de capitaine. Son compagnon de chambre, aujourd'hui 27 ans, a lui aussi goûté aux joies du professionnalisme, à Saint-Etienne, de 14 à 21 ans, avant de faire route sur Aurillac, La Roche-sur-Yon et donc l'USJA. Pour quelques heures, ils reviennent en enfance...


À vous deux, combien totalisez-vous de matches de Ligue 1 ?




Baptiste Lafleuriel. Pas énorme! Moi un, contre Guingamp.

Sébastien Le Paih. Trois: Bastia, Metz et Montpellier.

BL. C'est la Ligue 2, ça! (rires)



Quel souvenir conservez-vous du professionnalisme ?



BL. Du bonheur!

SL. C'est le top. Déjà, tu t'entraînes avec des joueurs énormes. Ils ont tout, en cent fois plus.

BL. Même le salaire... Pour ma part, il y a eu une vraie coupure après Saint-Etienne, puisque je me suis retrouvé en CFA.

SL. Il faut être armé psychologiquement. C'est tellement beau, tu es tellement assisté, que l'on passe tous par au minimum six mois difficiles, si ce n'est plus.

BL. Moi, quatre ans. Il a fallu que j'arrive ici pour penser à autre chose.

SL. On est programmé pour une certaine vie et tout s'effondre: les rêves, le regard des proches car ils rêvent avec nous. Toi, tu encaisses tout. Tu es seul dans ton corps, dans ton esprit à vivre avec ça.



Aujourd'hui, avez-vous l'impression de côtoyer la vraie vie ?


BL. Je pense. J'ai trouvé un emploi, j'ai appris quelque chose. Je suis assistant de gestion à Nature Environnement. Je m'occupe de marchés publics. C'est hyper enrichissant. C'est un milieu que je ne connaissais pas du tout. J'avais même quelques a priori sur les travaux paysagers. Je m'épanouis, je suis devenu une personne normale qui se lève tous les matins pour aller au travail.

SL. Moi, je suis agent commercial dans le textile, pour la marque Blend She. Même en étant footballeur, j'avais l'impression d'être dans la vraie vie.

Cependant, jusqu'à mercredi, vous allez redécouvrir les vertus d'une préparation professionnelle...

SL. On l'a déjà fait contre Nancy et Gueugnon. Se remettre dans un match de haut niveau. On a l'occasion d'être trois jours, tous ensemble, comme des gamins quoi, à se raconter des conneries, à se chambrer, à jouer aux cartes...

BL. Je vois mes copains, chez les pros, c'est chambre individuelle, chacun fait son petit truc. Nous, c'est quelques heures comme les pros avec la chaleur des amateurs.



Comment considérez-vous toutes ces sollicitations ?



SL. Comme un jeu. Ça m'amuse. Je sais que c'est éphémère. On est sur un nuage tout en gardant les pieds sur terre. Notre aventure, ça me rappelle Coup de Tête, le film avec Patrick Dewaere.

BL. Ce n'est pas une fin en soi. Tout le monde y trouve son compte: les médias, nous... Je ne suis pas attiré par ces sollicitations. Pour cette raison, je ne sais pas si j'aurai fait un bon pro.

SL. C'est un modeste Baptiste... Quand je le vois, je vois Zidane. Discret, simple, mature, pas du style à s'enflammer.

BL. C'est bien pour ce club, pour cette ville, pour ces gens qui travaillent ensemble depuis longtemps et qui le méritent. Ils avaient peut-être besoin de cette reconnaissance.



Ce mercredi, avez-vous 1 % de chance ?



SL. Oui, même 0,001!

BL. C'est minime, mais en même temps, j'y crois!

Vous n'avez pas peur que certains de vos coéquipiers, moins expérimentés, jouent cette rencontre avant ?

SL. Si, mais j'avais déjà cette crainte avant Gueugnon et Nancy. Maintenant, on est trois jours ensemble. Ça permet de se parler, d'évacuer toute la pression, même familiale. Je pense qu'entre nous, on peut se remettre les pieds sur terre.



Savez-vous qui va jouer dans votre zone ?



SL. Moi, ça change tout le temps entre Cana, Kaboré, Cheyrou et M'Bami. Une préférence? Franchement, j'aurais bien vu Didier Deschamps... M'Bami, Cana, ça fait mal! Kabouré a l'air aussi d'être un artiste...

BL. Moi, c'est Taiwo ou Chikouggounia (rires). Non, Krupoviesa. Taiwo, on sait comment il est, tout en puissance. L'autre, il n'a pas l'air trop fin. Taiwo, il a peut-être un petit problème de...


SL. Chut! Faut rien dire!



Avant, il y a les causeries du coach...



BL. Moi, je suis fan! Quand on est au vert, c'est le truc que j'attends. Je ne sais pas, il a un don. C'est un super orateur, il a toujours les mots pour te transcender. Chaque causerie, je bois ses paroles sans problème.

SL. Ça ressemble un peu à son mentor (Raynald Denoueix). D'ailleurs, il a le même défaut: il ne sait pas s'arrêter. Raynald commençait à prendre la parole pour vingt minutes et ça durait trois-quart d'heure (rires). Je lui souhaite de connaître la même réussite. C'est vrai qu'il mène bien sa barque. Tu apprends des choses dans ses causeries. Comme pour les tours précédents, je pense qu'il va en faire deux ou trois. Je ne cherche pas à savoir. Comme au ciné, mieux vaut ne pas se faire raconter le film avant.



Mercredi, vous allez retourner à la Beaujoire...



SL. J'y ai effectué mes débuts professionnels contre Bastia. C'était aussi le premier match à La Beaujoire de Da Rocha et Nico Savinaud. Le stade dont j'aurai voulu faire mon jardin. Pour moi, c'est un grand plaisir, un honneur. Revenir en temps qu'amateur, et me dire qu'avant la fin de cette histoire football, j'aurai un beau souvenir...

BL. C'est comme si tu me refaisais jouer dans un Geoffroy-Guichard blindé! Finir chez soi, en famille. Bon, Pépé, il va encore nous en faire quelques-unes. Il est en pleine bourre! Moi, je suis venu avec Saint-Etienne, en 2001 pour m'asseoir sur le banc. Ce soir-là, on descendait et Nantes fêtait le titre avec ce but de Vahirua. J'avais trouvé ça sympa. En plus, dans le camp d'en face, il y avait mon pote, Sylvain (Armand). J'ai profité de la fête. Super ambiance. Un stade chaleureux. Ce jour-là, j'ai participé à l'échauffement. Je faisais mon branleur au milieu du terrain. J'avais 19 ans, je regardais ça avec mes yeux de gamin. J'étais le dernier couteau, plus près du quinzième homme que du douzième.



Avez-vous peur du jeudi matin ?


SL. Non, de la gueule de bois! En fait, je crains la fin de championnat si on gagne. On va être sur la lune! À moins d'avoir des robots, c'est perturbant. J'espère que cela ne nous empêchera pas de nous maintenir.

BL. Je pense qu'il y a plus à craindre en cas de victoire. Le tapage si on gagne. Ça doit être invivable. En cas de défaite, les gens diront: c'est normal, c'étaient les plus petits, ils ont fait leur truc, c'est bien pour eux, ça s'arrête, c'est terminé, on revient au championnat.



Carquefou peut-il être le futur Calais ?



SL. C'est énorme ce qu'ils ont réalisé. Je ne pense pas qu'un autre club parviendra à faire de même. On suit notre bonhomme de chemin. On sait que ça va s'arrêter un jour. Cela se compte peut-être en jours ou en heures...



Propos recueillis par Christophe DELACROIX.
Ouest-France
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Publié dans Bretagne

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