Denis Renaud : Carquefou - Paris avant match .
Coupe de France. Carquefou (CFA 2) - PSG (L1), mercredi. Secousse médiatique, convictions, préparation du quart. L'entraîneur de l'USJA se confie.
Denis, à quoi ressemble la vie après l'OM ? Quand on se retrouve au boulot, à la mairie de la Haie-Fouassière, ça doit paraître insipide...
Il est vrai que ça a été difficile de retourner à la mairie, même si j'adore mes collègues et que j'aime bien ce que je fais. Mais je n'ai pas eu de moment pour profiter de la victoire contre Marseille. J'espère d'ailleurs ne pas le regretter, dans quelques mois. En fait, j'aurais bien prolongé l'après Marseille à la maison, tranquille, en famille. Mais quelque part, ça te fait aussi du bien de retrouver les gens qui bossent. La réalité. Ta vraie vie.
N'avez-vous pas l'impression, avec les sollicitations en tous genres, de vous éloigner de votre boulot d'entraîneur ?
Heureusement, j'ai pu prendre des congés. Car, comme je suis quelqu'un d'assez angoissé, par moments j'ai pris peur, par rapport à des préparations de matches. On m'avait dit, Marseille, dans l'aspect médiatique, ce sera compliqué. Mais là, c'est multiplié par deux. Parce qu'il y a un précédent, parce que c'est le PSG. Alors, c'est vrai, je me suis demandé si je n'allais pas être à la bourre sur l'essentiel.
Comment avez-vous vécu cette exposition justement ? Et quel discours avez-vous tenu à vos joueurs ?
J'ai juste dit à mes joueurs de profiter de ces moments phares dans une carrière. Mais en même temps, de savoir le gérer. Si vous vous sentez l'endurance d'enchaîner rendez-vous de presse, qualité à l'entraînement, performance le week-end et qu'en même temps vous n'oubliez pas ce que vous faîtes d'habitude par rapport à vos proches, alors ne vous mettez pas de barrières.
Vous n'avez mis aucun frein ?
On s'est seulement dit, si on répond à tout, on ne pourra pas exister. Donc répondons uniquement aux médias sportifs. Car on a eu d'autres sollicitations. On a seulement accepté Michel Drucker, car l'invité était le ministre des sports.
Vous avez eu des demandes vraiment inattendues ?
Je n'ai pas vu tout passer. Du VSD, Télé 7 jours, Télépoche et d'autres dont j'ai oublié le nom car je connais pas très bien les journaux people. Alors, c'est sympathique. Mais faut pas se leurrer, pendant un laps de temps, tu deviens un produit. Donc il faut que ça corresponde à quelque chose.
Avez-vous l'impression qu'il vous sera facile, sans que ce soit péjoratif, de redevenir un simple entraîneur de CFA 2...
On m'a tellement prévenu, en me disant : fais attention, quand ça va se finir, psychologiquement ça va être dur. En même temps, j'espère ne pas avoir changé. Alors pourquoi ce serait difficile ?
Quel est votre position sur le débat : faut-il avoir été joueur pro pour être un bon entraîneur ?
Il y a d'excellents joueurs qui font d'excellents entraîneurs, mais aussi d'autres qui n'ont pas les qualités spécifiques requises, comme il y a des gens qui seront d'excellents entraîneurs sans avoir joué eux-mêmes à très haut niveau. Le métier d'entraîneur, ce n'est pas qu'une expérience de joueur à transmettre.
C'est quoi, un bon entraîneur ?
Quelqu'un qui a des convictions, l'envie de faire passer ses idées auprès de son groupe. Et ces idées, c'est de la psychologie, du jeu, de la technique. Le jeu, c'est le fameux « comment ? » Car il est facile d'entrer dans un vestiaire et de dire : aujourd'hui, il faut gagner, aujourd'hui il faut marquer, aujourd'hui faut pas en prendre. D'accord, mais combien de temps ça dure ça ? Les joueurs sont en droit de te dire d'accord, mais comment on fait pour marquer, comment on fait pour pas en prendre ? Le « comment », c'est le fil rouge, ce que tu proposes. Car si au bout de six matches, t'as pas de résultats, tu dis maintenant, vous commencez à arroser, à jouer long, alors que tu demandais l'inverse avant, tu peux plus.
Il a évolué, ce « comment », chez vous ?
Mes convictions sont les mêmes. Mais mon « comment » a évolué. D'abord, je ne suis plus le même qu'à mes débuts, à 21 ans, à La Haie-Fouassière. Et puis, je suis un peu moins joueur dans les 25 premiers mètres après ma surface. D'autre part, tactiquement, je suis passé, de ma première année, où je travaillais en individuelle, à la zone. Car quand tu travailles en individuelle tu limites ta panoplie d'exercices. Et tu en appelles moins à la réflexion des joueurs les uns par rapport aux autres.
Qu'est-ce qui nourrit un projet de jeu ? La richesse des exercices justement ?
Bien sûr. D'ailleurs, je crois pouvoir dire que je préfère animer une séance à vivre un match. La séance d'entraînement, tu la vis comme tu l'as pensée. Et ça, c'est génial. J'ai eu la chance de faire des séances avec en PH, en DH puis en CFA ou CFA 2. Et maintenant, ces séances avant Marseille, Nancy, Gueugnon, PSG. Parce que quand tu prépares ces matches-là, il y a vraiment des choses que tu veux ou que tu ne veux pas. Ces séances sont inquiétantes avant, après pour savoir si ton message est passé. C'est du pur bonheur. C'est une remise en question à chaque fois. Tu ne peux pas faire tes séances quand tu arrives au feu rouge.
Comme Suaudeau, préféreriez-vous une défaite à un entraînement dont vos joueurs sortiraient en disant qu'ils se sont ennuyés ?
Absolument. Ce serait la pire des choses. Mais, j'ai un défaut d'ailleurs, c'est que je prends moins de plaisir quand mes joueurs n'ont pas le ballon dans les pieds. En revanche, il ne faut pas tomber dans le travers qui consiste à faire des trucs pour que mes joueurs apprécient mes séances.
Votre exigence a-t-elle toujours été bien comprise dans le milieu amateur ?
Je ne sais pas. Mais, mon fonctionnement est simple : j'ai une discussion au départ avec mon président. Je lui demande pourquoi il veut travailler avec moi. Il me dit ce qu'il veut. Et si on se met d'accord, on n'y revient pas. Après, t'as 60 joueurs à gérer par saison, car tu dois mettre une empreinte sur toutes les équipes seniors. Donc, tu fais des mécontents avec ton exigence. Il y a eu des conflicts avec des joueurs et il y en aura toujours. Néanmoins, le cadre est connu, et je pense avoir globalement de bonnes relations avec mes joueurs.
Pour eux, la Coupe de France a même donné une dimension mystique au coach, car tout se passe comme vous l'aviez prévu...
Leurs compliments me font plaisir. Mais faut pas inverser les rôles, c'est eux qui font. Cela dit, ce qui me fait peur, c'est dans prendre 6 ou 8 contre Paris. Car il ne faut pas rêver, il n'y a rien d'exceptionnel dans ce qu'on propose.
Dans votre préparation du match du PSG, avez-vous identifié des points aussi caractéristiques que chez Nancy ou l'OM ?
Nancy, le problème, c'était comment marquer un but à la meilleure défense de France. Marseille c'était comment ne pas en prendre contre la meilleure attaque. Paris, c'est autre chose. Je trouve que collectivement, et c'est sans doute la patte de Paul Le Guen, c'est une équipe qui laisse très peu d'espace. Et je ne lui trouve pas de point faible. Après, le doute mine ses résultats, mais ce qu'elle fait est cohérent. Du coup, c'est peut-être le match le plus compliqué.
D'autant que Paul Le Guen peut proposer une composition très différente...
Peut-être, mais ses principes et ses consignes sont les mêmes. Contre Bastia, on parle d'équipe bis, mais les joueurs alignés avaient tous une expérience de L1. C'est d'ailleurs une autre difficulté propre à Paris. Là, tu as 28 ou 29 joueurs qui peuvent être alignés. Tu ne sais pas où tu mets les pieds.
Finalement, ce quart met aux prises deux équipes qui se ressemblent. Relégables, mais cohérentes...
Oui. Mais je continue à penser que lorsque tu rates ton départ dans une compétition, tu es en grosse difficulté. Que tu t'appelles Paris ou Carquefou.
Etes-vous féru de livres de pyschologie, car on sent que cette matière vous passionne ?
Non, je ne lis pas. Je n'en ai pas le temps, et je préfère chopper les choses dans la vraie vie. Mais j'aime ce qui touche à l'humain. Mais parfois, tu te gourres. Il y a des limites. Celle à ne pas dépasser, c'est de faire entrer les joueurs avec de l'émotion. Là t'es mort.
Au tirage de ces quarts, vous parliez d'une chance sur 100, comme contre Marseille. Mais vous vous êtes prouvé que vous pouviez le faire...
Ça diminue nos chances de passer (sourire). Il est plus facile de faire croire à un joueur qu'il peut y arriver, que de lui ôter un espoir qu'il s'est mis en tête. Car l'entourage a changé. Avant Marseille, les gens attendaient de nous qu'on donne le maximum. La logique voulait qu'on perde. Là c'est différent, les gens te parlent de la finale. C'est un problème.
Comment le gérez-vous ?
Tu es obligé d'en parler. De dire la vraie situation : nous sommes en CFA 2, ils sont en Ligue 1. Je n'imagine même pas, après Marseille, faire tomber Paris. L'essentiel, c'est encore d'essayer dexister sur ce qu'on sait faire, et d'envisager les comportements à avoir si au bout de 5 minutes de jeu tu prends un but ou si tu en marques un. Car la vraie réalité, c'est qu'il y ait 3-0 à la mi-temps. Il faut donc l'envisager, sinon, tu laisses tes mecs dans la merde. Entrer sur le terrain en se disant, on veut aller en demi-finale, c'est bien, mais comment ? On en revient là.
P.-Y. A.